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La Maison des familles de Vaulx-en-Velin : un lieu pour échanger et reprendre confiance

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Cofondée par le Secours Catholique et les Apprentis d'Auteuil, la Maison des familles est un lieu d'échanges et d'accompagnement dédié à tous, quelles que soient l'origine ou les croyances. Elle accueille toutes les familles qui rencontrent des obstacles et des contraintes liées à la pauvreté (isolement, migration, rupture, handicap, discrimination …) impactant l'éducation de leurs enfants.

 

 

C'est une ancienne paroisse pas banale, située au cœur du village de Vaulx-en-Velin (69). Ses pierres et ses volets, déjà, vous mettent en confiance. Puis, une fois la porte poussée, Noémie Thiesson, la responsable, et l’équipe de bénévoles, vous accueillent avec chaleur et convivialité. 

La Maison des familles de Vaulx-en-Velin a vu le jour en mars 2018. En trois ans, ce sont plus de quatre-vingts familles et cent cinquante enfants qui ont été accueillis. Ici, on ne vient pas sur inscription, on est invité. Quand on veut. Si on le souhaite. Vient qui veut, le temps qu'il veut. « On a réfléchi cette maison en se disant qu'on pouvait laisser ses affaires et savoir qu'on les retrouvera le lendemain. C'est important pour le sentiment d'appropriation de la maison. Cette maison nous appartient, on en prend soin tous ensemble », explique Noémie. Ici aussi, on ne parlera pas de famille en difficulté mais de familles qui rencontrent des difficultés. Et c'est là toute la nuance. L'importance du choix des mots, une question de respect. « J'aime bien parler d'un laboratoire d'expérimentations dans lequel on ne juge pas, mais où on expérimente la parole, où on apprend les codes pour être en relation avec les autres »

Dans le salon, un canapé, des fauteuils et une table basse - endroit propice aux conversations informelles mais tellement constructives - voisinent avec une très grande table à manger.  Au fond, une cuisine vitrée qui permet d'être au four et au moulin ! L'idée c'est d'être ensemble, de tout faire ensemble. Les murs sont habillés de dessins, de photos, de planisphère, « parce que tout est prétexte à la discussion ». Et comme on prône le talent de tous, les peintures réalisées par les familles sont accrochées elles aussi sur les murs de l'entrée. Chaque activité proposée doit pouvoir être reproduite à la maison sans aucune difficulté, d'où des ateliers peinture, qui outre le fait de mettre en lumière les qualités de chacun, permettent également de découvrir une toile, un artiste, un courant. « On propose également, et toujours en concertation avec les familles, des sorties à la ludothèque pendant les vacances. On va chercher les jeux et on revient jouer tous ensemble à la Maison des familles ! La semaine dernière, nous avons organisé une virée à la Croix rousse, en transports en commun. Nous étions une trentaine au moins à arpenter le quartier de la Presqu'ile, admirer les murs peints, etc. C'est fou le nombre de personne qui n'ont jamais osé mettre les pieds à la Croix rousse alors qu'elles habitent le coin depuis plus de trente ans pour certaines ! Tout ça parce qu'elles se disent que ce n'est pas un lieu pour elles

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Oser parler et porter un projet 
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Chaque famille à son histoire, ses peurs et ses couacs. Au sein de la Maison des familles, on va travailler l'idée de « s'autoriser à se livrer », sans crainte d'être jugé. Ne jamais se substituer aux autres services existants à l'extérieur mais travailler en articulation avec eux ; valeur maitresse de la maison qui se propose d'être un tremplin pour la suite en « réinstallant la famille dans le droit commun ». 

Pour bien faire, la notion de décloisonnement est souvent essentielle. Alors toujours avec cette volonté de rendre les familles actrices de leurs choix et de leurs actes, ce sont elles-mêmes qui vont inviter l'assistante sociale, le directeur d'école, la pharmacienne... toutes ces personnes du quotidien mais souvent mal connues. Les codes sont inversés ; ce sont les familles qui invitent dans leur espace et ça change tout ! Quoi de mieux pour déconstruire les préjugés ? 

Parallèlement à ces invitations informelles, la Maison des familles a mis en place le café des partenaires lors duquel cinq d'entre-eux sont invités de manière plus officielle. « On part du principe que tout le monde a du réseau, donc on se met autour d'une table et on discute des personnes qu'on aimerait bien recevoir. » Ces partenaires sont donc invités à partager un temps convivial et ainsi mieux faire connaissance. « Quand une famille nous dit à la fin du café partenaire : En fait, le directeur de l'école il est plutôt "cool," je vais peut-être aller le voir pour discuter un peu ... Ou même l'assistante sociale du commissariat, je vais peut-être pouvoir lui parler des soucis que j'ai à la maison", alors on a gagné.»Tout est pensé afin de créer les meilleures conditions pour que la personne trouve "sa solution". « On n’est pas un lieu où on distribue des conseils. On est un espace où on va entendre plein de choses et la personne va prendre que ce qu'elle a envie de prendre. »

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Rompre l'isolement
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La Maison des familles, c'est 80 % de temps informels, 20 % de temps formels. « Mais attention, temps informel ne signifie pas forcément temps de détente, loin de là. Ce sont des temps pendant lesquels on va créer des conditions pour que les gens puissent être force de proposition. Parce que si on propose des choses très cadrées, les gens vont venir chercher un service, et nous ce qu'on cherche, c'est rendre les familles actrices ». D'où l'idée des repas partagés organisés deux fois par semaine. Les familles se réunissent avec l'équipe et décident ensemble de ce qui sera préparé. Ensuite, il faudra faire les courses, préparer le repas et s'occuper de la vaisselle ! Tout le monde participe et continue à révéler ses talents. Ces repas comptent dans le temps formel de l'organisation de la maison. Tout comme les groupes de paroles, le Yappp pour « Y'a pas de parents parfaits » qui se réunit deux fois par semaine. Les mercredis après-midi sont plutôt réservés aux enfants ; on réfléchit à ce qu'on peut leur proposer, aux manières de jouer avec eux. Et enfin, des temps de relaxation sont organisés une fois par semaine, pour aider à travailler son esprit zen ! 

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Une équipe complémentaire de salariés et de bénévoles
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Côté organisation, la Maison des familles est animée par deux salariés, Noémie et Paul, et douze bénévoles. Ces bénévoles, tous ou presque, sont présents depuis le début. Ils interviennent une journée entière une fois par semaine et participent aux temps d'analyse de la pratique et aux formations proposées. « Pour moi, nous sommes une équipe. Salariés et bénévoles ont une véritable complémentarité. Quand nous, professionnels, apportons une expertise et une attention particulière dans l'accompagnement des familles en précarité, les bénévoles, eux, sont parfaitement outillés pour accueillir les gens à l'instant T avec ce qu'ils nous donnent à voir. Car accueillir les gens avec ce qu'ils ont, ça c'est une vraie richesse.» souligne Noémie. 
Noémie est secondée par Paul, éducateur spécialisé. « C'était vraiment important pour moi, d'avoir un homme dans l'équipe, poursuit-elle, parce que la parentalité c'est aussi laisser place aux hommes quand des lieux comme les nôtres peuvent rapidement être envahis par les femmes. Aujourd'hui, 70 % des familles de la maison de Vaulx-en-Velin sont des femmes seules avec enfants. Il n'empêche que la question du père se pose quand même et que les enfants doivent grandir en se disant que les hommes sont présents et qu'ils peuvent s'occuper d'autres enfants ». 

L'équipe est aussi composée de stagiaires, souvent étudiants éducateurs spécialisés. Fabien et Justine, en stage pour huit semaines, témoignent : « J'avais des idées reçues sur le public, qui ont été totalement déconstruites depuis que je suis là, raconte Fabien. La mixité et la différence sont l'essence même de ces lieux de vie. » Et Justine d'ajouter : « Moi, j'y ai appris l'importance de l'accueil et de donner envie de revenir ». Ce matin-là, tous deux, aidés d'Olga,bénévole, préparaient les ateliers de l'après-midi en pleines vacances scolaires. Au programme, confection de cookies, visionnage d'un film ou promenade. 

Les services civiques sont également les bienvenus. « Depuis le début ,on accueille des jeunes Vaudais, dont la plupart sont des jeunes mamans seules avec enfant et ça c'est hyper intéressant d'avoir au sein de l'équipe une personne au profil ancrée dans la réalité vaudaise, avec une expérience de vie proche des familles que l'on peut recevoir. »

 

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La Maison des familles est ouverte du lundi au vendredi.  La journée du lundi étant consacrée au temps d'équipe (travail sur la semaine, formation, analyse de la pratique, réunion) ou aux rencontres avec les partenaires. Du mardi au vendredi, elle s'ouvre aux familles de 9h à 17h30 environ, avec une fermeture entre midi et deux (sauf bien sûr au moment des repas partagés, les mercredis et vendredis !) Parmi les principes d'intervention contribuant à la valeur ajoutée de la Maison des familles, on peut énoncer : l'accueil libre, la confidentialité, la gratuité et la co-animation des dispositifs en partenariat avec les Pouvoirs publics, les associations fondatrices et les familles bénéficiaires.

A ce jour, dix-sept Maisons des familles ont ouvert leurs portes partout en France, dont six dans le territoire du Sud-Est. « On se retrouve régulièrement pour échanger sur nos pratiques, avancer, innover, se questionner. Même si chaque maison à sa propre couleur, elles sont toutes construites sur le même "ADN" : l'approche, la rencontre, la  sensibilité aux familles et surtout le "faire avec" et non "à la place de"... "

Maison des familles de Vaulx-en-Velin
5, rue Chapuis
69120 Vaulx-en-Velin
04 78 79 98 23

Auteur et crédits
Crédits photos : © Lucile Barbery/Apprentis d’Auteuil